Le deuil animal chez l’enfant – Histoire d’Angèle 13 ans
- Aline Paghent
- 20 janv.
- 5 min de lecture
Le deuil animal est souvent le tout premier deuil vécu par l’enfant.
Il assiste au vieillissement de son petit compagnon, voit ses capacités diminuer et est le témoin de sa toute fin de vie.
Le compagnon animal laisse, en fonction du lien avec l’enfant, un vide, une absence mais pas que.. car comme je le dis souvent le deuil n’emporte pas qu’avec lui l’être aimé.
Mais alors que faire pour accompagner son enfant ? Comment réagir face à son chagrin?
Je vous partage l’histoire d’Adèle – 13 ans

Il était une fois, Gyzmo et Tartine par Angèle
La rencontre
Gyzmo a été mon tout premier hamster. Je l’ai adopté et très vite je me suis sentie responsable de lui. J’étais sa petite maman. En quelques jours seulement, il venait dans ma main prendre des graines de tournesol et il reconnaissait même ma voix. J’étais fière de voir qu’il avait confiance en moi.
La maladie
Gyzmo est tombé malade quelques jours après son adoption. Première visite chez le vétérinaire. Il avait un virus très contagieux qu’il avait eu dans son animalerie. Le vétérinaire a prescrit plein de médicaments en nous prévenant qu’il n’avait pas beaucoup de chance de survie. J’ai eu très peur. C’est maman qui lui donnait les médicaments, comme à un bébé : à la pipette. Et miracle Gyzmo a survécu.
Appartenir à une communauté
Par la suite, je me suis inscrite dans un groupe « spécial hamsters» et je voyais tout ce qui pouvait améliorer son confort. Avec mon argent de poche, je lui achetais des champignons en céramique, des labyrinthes, des tunnels etc.
La mort de Gyzmo
Une année plus tard, Gyzmo est mort. C’est maman qui me l’a annoncé, elle aussi était très triste, nous avons pleuré toutes les deux. Je savais qu’il était malade mais j’espérais quand même. Maman a déposé Gyzmo dans une belle boîte remplie de coton, je lui ai mis ses graines préférées, une fleur et de la coco comme il aimait. Puis, maman l’a enterré dans le jardin.
Aimer encore?
Les jours d’après, c’était dur de voir son habitat vide. Je ne voulais pas le vendre ou le donner. C’était l’habitat de Gyzmo. Son univers faisait partie de ma chambre.
Puis maman m’a demandé si je souhaitais adopter à nouveau. Sur le coup, j’ai dit oui mais arrivée devant les hamsters, je n’ai pas pu. J’ai dit à maman que j’avais le sentiment de trahir Gyzmo, comme si je l’oubliais en faisant ça. Maman m’a expliqué que ce n’était pas le cas. Que jamais je l’oublierai.
Puis elle m’a demandé : « Est-ce que ton cœur est prêt à aimer de nouveau ?» et là j’ai compris que oui.
Bienvenue dans ma vie Tartine
Tartine est arrivée chez nous.
Elle n’avait pas le même caractère que Gyzmo. Beaucoup plus sauvage. Elle n’a pas voulu de ma main pendant plusieurs semaines et n'aimera jamais vraiment être touchée. J’ai appris à respecter ça. Elle n’était pas Gyzmo.
Le truc de Tartine c’était de creuser, faire des tunnels, et coller ses pattes sur la vitre de sa maison pour me dire bonjour. Le matin, j’allais lui faire un coucou juste avant son dodo, et le soir je la préparais pour sa nuit : eau, graines, bain de sable.
Je me suis beaucoup amusée à changer les décors de son habitat. Depuis tout ce temps, je connais toutes les astuces pour les hamsters, ce qu’il leur faut, ce qu’ils aiment, ce qui est bon pour eux et ce qu’il faut éviter.
Et puis..
Tartine est restée avec moi pendant 2 ans. Elle vient tout juste de mourir. Cette fois-ci c’est moi qui l’ai annoncé à maman et nous avons pleuré toutes les deux. J’ai demandé à maman de la mettre comme Gyzmo, dans une belle boite. Tartine est entourée de tout ce qu’elle aimait. Maman m’a demandé où je souhaitais qu’elle soit enterrée et si je voulais être présente. Mais je ne le voulais pas. J’ai dit au revoir à Tartine, je l’ai regardée une dernière fois.
Elle est morte un jour de neige alors que j’avais failli l’appeler Flocon. Hier soir encore, j’étais triste à l’idée de pas la voir comme tous les soirs, de ne pas lui préparer son eau et ses graines et de pas entendre ses petites pattes la nuit ».
Ce que l'histoire d'Angèle nous raconte
L’histoire d’Angèle nous parle de lien et d’amour. Tout ce qui la relie* à ses compagnons.
Par Gyzmo et Tartine, Angèle a découvert le sens des responsabilités, la rigueur, le respect du caractère de chacun. D’une certaine façon elle a grandi grâce à eux.
Elle s’est investie personnellement, émotionnellement et même financièrement. Par ses compagnons elle a intégré une communauté de gardiens de hamsters, elle a appris.
Par eux, Angèle avait des habitudes, un rythme, des routines qui lui étaient réconfortantes.
Le bruit de ses compagnons la nuit était pour elle agréable voire rassurant, tel une berceuse.
Angèle nous montre par son témoignage que perdre un compagnon animal c'est aussi perdre ses repères.
Ils ont été des consolateurs de journées difficiles, des confidents, parfois même ont-ils contribué à faire sortir Angèle de sous sa couette et mis de la joie à l’idée de rentrer au soir à la maison.
Ce que la mort emporte avec elle
Perdre un compagnon animal est loin d’être anodin.
En effet, comme je le dis souvent, la mort emporte plus que l’être aimé. Angèle nous parle de perte d’habitudes, de rituels du soir, de repères par ces petits bruits rassurants la nuit qui ne seront plus, de son rôle de « p’tite maman » qui n’existe plus sans eux.
Trouver une écoute
Angèle a eu besoin de parler de son histoire vécu avec Gyzmo et Tartine. Besoin de raconter, de déposer ses émotions auprès de sa maman et d' être entendue sans jugement.
En tant que parent, proche ou ami, être cet espace d'accueil est un soutien précieux pour l'enfant et un cadeau à qui le reçoit.
C'est un gage de confiance témoignant de la force du lien.
Vivre les maladresses
Malheureusement, certains camarades d'Angèle n’ont pas compris sa peine. Ainsi, elle a du faire face à des maladresses du type: « comment peux-tu avoir du chagrin pour un hamster ? ».
Encore une fois le rôle du parent est capital dans l'écoute de cette expérience. Lui expliquer que nous sommes tous différents face au deuil et à nos émotions et que surtout nous n'avons pas à nous justifier de notre chagrin ni de sa valeur.
Notre peine est, elle existe c'est ainsi, c'est notre réalité.
Offrir à l'enfant une écoute active et des gestes de compassion c'est lui permettre de cheminer dans son deuil, de reconnaitre ses émotions, de les verbaliser et de les valider. C'est apporter des clés à l'adulte en devenir pour vivre les deuils de demain.
L’importance du rituel et de l’adieu
Angèle nous parle également de "jolies boites" pour recueillir Tartine et Gyzmo. Un au revoir qui visiblement a compté pour Angèle qui y a mis du cœur et de l'intention. Elle a personnalisé ses derniers gestes d’amour en déposant leurs fleurs préférées, les graines qu’ils aimaient tant.
Des rituels de profonds respects, importants dans l’adieu. Angèle n'en a pas conscience mais par ces gestes elle prend soin de son deuil et donc d'elle-même.
Côté parents, je trouve très riche de questionner l’enfant sur ce qu’il se sent de faire ou non. « Souhaites-tu être présente lors de son enterrement ? » est une question qui responsabilise l’enfant.
Par cette question, on demande à l’enfant de faire confiance à son ressenti, à écouter son besoin.
Quoi de plus beau pour l’adulte en devenir ?
*le verbe « relie »est volontairement au présent car selon moi le lien n’est pas rompu par la mort.


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